|
Fra Fiorenzo - Hôpital St. Jean de Dieu - Tanguiéta,
Bénin
Les épidémies en Afrique
Ne sont pas terminées...
Frère Florent Dr. G.B. Priuli

Les maladies épidémiques sont des événements cycliques qui
amènent souffrances et mort depuis toujours, surtout dans les régions plus
pauvres et démunies de structures hygiéno-sanitaires.
La VARIOLE, la FIEVRE JAUNE, le CHOLERA, la PESTE, la DIPHTERIE, la POLIOMYELITE,
le TETANOS, la COQUELUCHE, la TUBERCULOSE, la ROUGEOLE, la MENINGITE, la
FIEVRE TYPHOÏDE, le SIDA, les HEPATITES et d’autres encore sont les principaux
fléaux connus qui ont laissé de tristes souvenirs et des traces indélébiles
dans le monde. La découverte et la diffusion des vaccinations ont beaucoup
atténué les épidémies ; elles ont même permis l’éradication de certaines
maladies (ex : variole).
L’Afrique, malheureusement encore dans sa quasi-totalité
dans une situation de sous-développement et de pauvreté chronique, a été
et constitue encore aujourd’hui un terrain favorable pour les épidémies
dont le fertilisant principal est l’indigence, le manque d’eau potable et
d’un bon système d’hygiène sanitaire.
Dans mes plus de 30 ans de service dans les hôpitaux d’Afagnan
au Togo et deTanguiéta au Bénin, je peux dire qu’il n’y a presque pas eu
d’année sans une ou plusieurs épidémies. Certaines sont gravées dans ma
mémoire comme dans la mémoire des populations éprouvées.
Arrivé au Togo à l’hôpital d’Afagnan le 26 septembre
1969, déjà les mois de novembre - décembre et janvier 1970, j’ai vécu
une épidémie de Rage qui a frappé surtout la région d’Afagnan et alentours
faisant des centaines de victimes malgré la mise à disposition de vaccins
gratuits par le gouvernement.
L’armée est intervenue pour abattre les chiens errants mais la population
les ayant caché...l’épidémie a perduré un bon moment.
En 1971 ce fut l’épidémie de choléra. L’hôpital étant très petit,
j’ai décidé d’utiliser les locaux de la pédiatrie à peine construite pour
remédier à l’insuffisance des lits. Le gouvernement du Togo et l’OMS nous
ont soutenus avec des camions pleins de perfusions et de solutions de réhydratation
orale.
Tanguiéta 1979 – 80. Dans la zone sanitaire de Tanguiéta
il y eut l’épidémie la plus terrible qu’on n’ait jamais connu dans l’histoire
de cette région : la Rougeole qui tua en 5 mois plus de 5000 enfants et
adolescents. Les missionnaires ne faisaient autre chose que de transporter
des malades à l’hôpital et repartir avec des cadavres ; même la nuit et
le jour de Noël… ! Autour des villages on creusait partout des fosses. Plusieurs
familles se retrouvèrent sans enfants…c’est dans ce contexte que le malheur
d’une famille de Brianza (la mort tragique de leur enfant kidnappé par les
BR) se transforma en une « Grande Pédiatrie » qui depuis lors sauve chaque
année des milliers de vies innocentes.
Tanguiéta 1983 : épidémie de MENINGITE
Chaque année l’épidémie de méningite cérébro-spinale fait
son apparition dans le Sahel durant la saison sèche et en particulier quand
souffle l’Harmattan (vent froid avec une poussière fine qui provient du
désert). Cette année-là déjà en novembre l’épidémie avait pris une ampleur
telle qu’en janvier on dût mettre à disposition tout l’hôpital (140 lits),
le centre nutritionnel et deux maisons des médecins pour accueillir tous
les malades. Un jour on avait plus de 170 malades de méningite présents
à l’hôpital. et le maire de la ville nous autorisa même à démonter les fils
de cuivre du téléphone urbain (qui ne fonctionnait pas par ailleurs), pour
accrocher les perfusions. Seulement une grande pluie vers les débuts du
mois d’avril et la campagne de vaccination eurent, en fin raison de cette
épidémie.
Tanguiéta 1985 : épidémie de Fièvre Jaune
Maladie mortelle dans 98% des cas même en milieu hospitalier,
évitable par la vaccination. Depuis des années on ne vaccinait que les carnets
de vaccination des pèlerins qui allaient à la Mecque. Quand j’ai peu avoir
confirmation de la cause de tant de décès, toute la région Nord du Bénin
était envahie…Seule une grande campagne de vaccination réussit à l’arrêter.
Le nombre des victimes fut incalculable, le vecteur de la maladie étant
un moustique très répandu surtout dans les centres habités.
En 1988 on signala les deux premiers cas de SIDA à Tanguiéta, grâce
à une enquête menée par le Dr P. VIGANO, qui depuis lors est devenu notre
référence dans ce domaine. Depuis cette période la pandémie du SIDA est
devenue « notre affaire » et la situation se fait de plus en plus pénible
par le fait que la maladie se propage à grande vitesse et on fait trop peu
pour sensibiliser, éduquer, prévenir et soigner. Et enfin parce que l’hôpital
de Tanguiéta est le dernier espoir pour les malades de la région qui va
du Nigeria au Bénin, au Togo, au Burkina Faso, au Mali, Niger...etc. A tout
cela s’ajoute le fait que dans les hôpitaux d’ Afagnan dans un 1er temps
puis de Tanguiéta ensuite , les malades du SIDA y trouvent en plus d’un
bon accueil, aussi des traitements curatifs et de soutien qui, même sans
guérir la maladie leur donnent la possibilité de retrouver un peu de force
et d’espoir en attendant le remède miracle tant espéré.
A propos de traitement du SIDA, en l’absence des médicaments antirétroviraux,
nous utilisons une solution auto-immunisante depuis 1994 et plus récemment
une plante médicinale très répandue dans tout le Sahel qui donnent des résultats
encourageants...
Après cette série de maux qui sont pour la plupart (à l’exception
du SIDA) éradiqués ou éradicables avec les vaccinations, depuis 2003 une
épidémie de Fièvre Typhoïde s’est abattue sur le nord du Nord Bénin
et sur Tanguiéta en particulier.
A partir de fin mai 2003 les cas de salmonellose et de péritonites dues
aux perforations typhiques n’ont fait qu’augmenter à tel point qu’une fois
on a du opérer 4 patients dans la même journée…Beaucoup d’enfants et de
jeunes entre 3 et 30 ans, après 2 à 3 semaines de fièvre, diarrhée et douleurs
abdominales se perforent et meurent, surtout s’ils s’attardent en traitements
traditionnels. Ceux qui atteignent l’hôpital avant la perforation sont guéris
en une dizaine de jours ; par contre parmi ceux qui se perforent 30% meurent
malgré les soins intensifs et les multiples interventions chirurgicales.
De très longues périodes d’hospitalisation sont souvent nécessaires pour
remettre sur pieds les squelettes de ceux qui ont survécus…Les causes sont
encore une fois liées au sous-développement, au manque d’eau potable, à
l’ignorance et au manque de mesures d’hygiène sanitaire. Le vaccin existe
mais malheureusement coûteux et de durée brève et pas prévu par l’OMS pour
contraster l’épidémie.
Le traitement précoce est efficace, peu coûteux et disponible dans tous
les Dispensaires.
Pour notre part tout en continuant de soigner les malades
jours et nuits, en collaboration avec les autorités locales, nous avons
procédé à la désinfection des puits (plus de 210) et à la sensibilisation
à travers les antennes de la Radio Rurale de Tanguiéta. Un rapide recyclage
de formation spécifique a été donné aux agents de santé des 15 centres de
santé périphériques et aussi des médicaments de base pour le traitement
précoce de la maladie ont été distribués.
Malgré tous nos efforts, l‘épidémie s’est atténuée seulement avec l’arrivée
de la saison sèche ; mais à présent une recrudescence se manifeste depuis
fin mai 2004.
La présence des Frères de Saint Jean de Dieu en Afrique
et dans les Œuvres d’Afagnan et de Tanguiéta en particulier a été et nous
voudrions qu’elle le soit toujours plus, un bon exemple de structures efficaces
et bien intégrées dans le système sanitaire national.
Si les activités de soins et préventions aident à maintenir toujours plus
élevé le niveau sanitaire, on peut espérer que nos populations dans les
années à venir seraient épargnées par ces fléaux qui non seulement sèment
la souffrance et la mort, mais empêche aussi le progrès et le minimum de
bien-être.
Notre présence active de Religieux missionnaires, dans cet océan de souffrance
chronique aggravée par les épidémies a joué spontanément un rôle évangélisateur.
Nous avons rendu à notre manière témoignage au Christ Miséricordieux que
l’Evangile dit être passé par les chemins de la Palestine guérissant toute
sorte de maladies, il a fait marcher les boiteux, rendu la vue aux aveugles,
ressuscité les morts et annoncé la Bonne Nouvelle aux pauvres. Cet exemple
ensemble avec celui des missionnaires de la région a permis un grand pas
en avant dans l’évangélisation avec beaucoup d’impacts culturels et sociaux
positifs. La solidarité de la Province Lombardo-Veneta des FBF, des Associations
et des privés à chaque niveau a été fondamentale pour nous dans ces épisodes
tragiques comme dans le quotidien. Sans cette solidarité les résultats auraient
été décevants aussi bien pour nous que pour les destinataires de notre mission.
Maintenant que ces Œuvres, de petites semences qu’elles
étaient sont devenues des grands arbres, le défis à relever devient encore
plus grand puisque ne pas maintenir le niveau atteint équivaudrait à une
trahison…
Comme je le fais à chaque occasion, par cette page je viens vous proposer
de devenir actionnaires de ces œuvres en nous épaulant dans cette merveilleuse
aventure en faveur de tant de souffrants par la prise en charge de l’hospitalisation
et des soins de un des ces 10000 malades qui occupent chaque année un lit
dans l’espoir d’y trouver toujours avec un accueil souriant, soulagement,
guérison et vie.
Adoptes toi aussi un malade à l’hôpital Sain Jean de
Dieu d’Afagnan (Togo) ou de Tanguiéta (Bénin) à 15 € /jour !
Merci !

Imprimer la page

Edité par Aldo Campana,
|