|
III/ L’ANESTHESIE
EN VUE D’UNE CESARIENNE
A/ LES MODIFICATIONS PHYSIOLOGIQUES DE LA GROSSESSE ET
LEURS REPERCUSSIONS SUR L’ANESTHESIE
1/ POUR LA MERE
-
Modifications cardio-circulatoires
Au cours de la grossesse normale :
-
Le volume plasmatique augmente ; il en résulte une baisse progressive de
l’hémoglobinémie et de l’hématocrite ;
-
Le débit cardiaque augmente également pour atteindre 6l/mn vers la 32e
semaine ;
-
La pression artérielle baisse du fait de la diminution des résistances
périphériques.
En décubitus dorsal, l’utérus gravide comprime la veine cave inférieure
et la fourche aortique déterminant le syndrome de compression aorto-cave
inférieur qui comprend une pâleur, une hypotension artérielle et des
troubles de la conscience (ce phénomène s’observe chez 13 % des femmes à
partir de la 28e semaine). Une étude australienne a montré que le
décubitus latéral gauche à 15° corrige ces troubles. Ceci est intéressant
surtout en cas de rachianesthésie ou d’anesthésie péridurale
(86,78,66,127,14).
-
Modifications respiratoires
-
La respiration abdominale est diminuée (12,122,127).
-
L’augmentation de la consommation d’oxygène et la diminution de la capacité
résiduelle fonctionnelle exposent la mère à une hypoxie lors de l’apnée
d’intubation ce qui justifie la nécessite d’une oxygénation préalable à
l’induction anesthésique (127,66,11).
-
L’hyperventilation alvéolaire et la diminution de la capacité résiduelle
fonctionnelle favorisent l’induction par les anesthésiques volatiles dont les
quantités nécessaires sont alors diminuées (122).
-
Modification gastrique
L’utérus gravide comprime l’estomac dont la vidange, retardée pendant la
grossesse, devient pratiquement nulle pendant le travail. D’autre part, le
volume et l’acidité gastriques sont augmentés par la gastrine sécrété par le
placenta (122,127). De ce fait, l’estomac plein expose la patiente au risque
majeur de l’anesthésie générale à savoir la régurgitation et l’inhalation du
contenu gastrique réalisant le syndrome de Mendelson qui constitue la
première cause de décès maternel par l’anesthésie générale (9,86). Cette
complication peut être prévenue en respectant certaines mesures (86,127) :
-
mise à jeun stricte dès le début du travail,
-
alcalinisation du contenu gastrique par un antiacide et réduction du volume
de sa sécrétion par la cimétidine ou la ranitidine pendant le travail ou avant
la césarienne,
-
vidange gastrique afin de décomprimer l’estomac,
-
oxygénation préalable évitant la ventilation au masque cause d’hyper pression
gastrique,
-
intubation atraumatique sous anesthésie générale après curarisation profonde
sous couvert de la manœuvre de Sellick.
2/ POUR LE FŒTUS
-
La compression des artères aorto-iliaques
C’est l’effet Poseiro qui peut diminuer le débit des artères utérines et
la perfusion placenta.
-
L’hypertonie utérine
Elle entraîne une baisse du débit utéro-placentaire par le biais de la
compression myométriale (127).
-
L’hypotension artérielle
Lors de l’anesthésie péridurale ou intrathécale, une hypotension
artérielle, par vasodilatation secondaire au blocage sympathique (non prévenue
par un remplissage préalable), peut entraîner une baisse du débit
utéro-placentaire et une souffrance fœtale (127).
-
L’hyperventilation maternelle (66)
Elle entraîne une alcalose respiratoire avec chute brutale du flux
utéro-placentaire. D’autre part, elle réduit les stimuli bronchiques qui
déclenchent la première respiration aérienne à la naissance.
-
Le transfert transplacentaire des anesthésiques (127)
Il dépend : d’une part, des caractéristiques propres du placenta ; et
d’autre part, des caractéristiques physico-chimiques de la substance.
On peut donc classer les produits anesthésiques en plusieurs groupes :
1- Agents ne passant pas ou peu la barrière placentaire : myorelaxants,
curarimimétiques.
2- Agents passant aisément la barrière placentaire mais rapidement
métabolisés et éliminés par la mère et le fœtus. Ces drogues permettent
d’allonger le temps induction-extraction : propanidide (épontol), kétamine
(ketalar), alfadione (alfatesine), les anesthésiques volatils ou gazeux et les
leptocurares (succinylcholine, celocurine).
3- Agents traversant facilement la barrière placentaire et s’éliminant
lentement. Ces produits peuvent déprimer le nouveau-né s’ils sont utilisés à
forte concentration ou de façon prolongée : benrodiazépine, neuroleptiques
analgésiques morphiniques, thiopental.
B/ PROBLEMES POSES A L’ANESTHESISTE-REANIMATEUR
(2)
1/ Le risque d’inhalation du liquide gastrique est toujours présent quel
que soit le délai du jeûne.
2/ Les modifications anatomiques de l’appareil respiratoire exposent aux
difficultés d’intubation et au plus grand risque d’hypoxémie.
3/ Les accidents thrombo-enboliques sont fréquents, favorisés par
l’hypercoagulabilité sanguine, la stase circulatoire des membres inférieurs et
le siège de l’intervention.
4/ La diminution du débit utéro-placentaire par compression aorto-cave est
majorée par les techniques anesthésiques rachidienne et générale.
5/ Les effets dépresseurs des produits anesthésiques sur le nouveau-né
sont plus marqués en cas de souffrance fœtale.
6/ il existe un risque d’hémorragie gravissime au cours de l’intervention
ou dans les heures qui suivent.
C/ LES METHODES D’ANESTHESIE
1/ L’ANESTHESIE GENERALE
-
Technique (14,78,122,143,152)
L’anesthésie générale en vue d’une césarienne comporte les temps
suivants :
-
Mise en place d’une voie d’abord veineuse et de l’électrocardioscope pour la
surveillance du rythme cardiaque et de la tension artérielle maternelle.
-
Prémédication systématique par l’injection d’un vagolytique qui va diminuer
les sécrétions en particulier salivaires et d’un antiacide.
-
Préoxygénation au masque pendant 3 minutes environ par un débit supérieur à 6
litres par minute.
-
Accélérer le débit de la perfusion intraveineuse mise en place avant
l’induction pour prévenir l’hypotension artérielle.
-
Lorsque l’équipe obstétricale est prête, injection intraveineuse d’un
narcotique (thiopental : 4mg/kg) puis d’un myorésolutif (succinylcholine :
1,5mg/kg).
-
Intubation orotrachéale, un aide exercera une pression sur le cartilage
cricoïde (manœuvre de Sellick) pour comprimer l’œsophage contre la colonne
vertébrale afin de prévenir la régurgitation du contenu gastrique.
-
Après extraction du bébé, prévenir le risque hémorragique par l’injection
d’ocytociques (ou de méthylergométrine, en l’absence d’HTA).
-
Après extraction du bébé, entretenir la ventilation par un mélange de
protoxyde d’azote (6l/mn) et d’oxygène (3l/mn).
-
Après clampage du cordon, l’anesthésie est entretenue par des réinjections de
thiopental ou par l’emploi de morphino-minétiques.
-
L’extubation ne se fera que si la parturiente est réveillée et complètement
décurarisée.
-
Produits utilisés (2)
-
Le thiopental (pentotal*, nesdonal*), est le narcotique le plus utilisé. Il
passe la barrière placentaire et peut diminuer le score d’apgar du nouveau-né à
dose élevée.
-
Le relâchement est assuré par le suxaméthonium (célocurium*) et l’atracrium
(tracrium*).
-
L’usage des morphiniques et leurs dérivés est possible seulement après
clampage du cordon ombilical.
-
L’halothane et l’enflurane sont des anesthésiques volatiles halogénés. Ils
possèdent une action hypotonique au niveau du muscle utérin.
-
Incidents et accidents (2)
-
Inhalation de liquide gastrique qui peut être gravissime et mortelle. C’est
la première cause de mortalité en anesthésie obstétricale. Ce risque est
toujours présent en raison de la grande fréquence du relâchement du sphincter
œsophagien.
-
Une difficulté ou une impossibilité d’intubation imprévue peut toujours
survenir. Une hypoxémie materno-fœtale peut s’établir très rapidement. Dans ce
cas, il faut continuer l’anesthésie au masque et extraire l’enfant rapidement.
-
Les effets circulatoires de l’anesthésie générale sont moins importants que
ceux observés sous anesthésie rachidienne.
-
Le passage placentaire des drogues anesthésiques peut entraîner des
dépressions respiratoires chez l’enfant surtout si le temps d’extraction est
prolongé.
-
Les indications
-
Ce sont : - les césariennes en urgence
- les hypovolémies
- les troubles de la coagulation
-
Elle peut compléter une anesthésie loco-régionale incomplète ou inefficace.
-
Avantages
-
Rapidité de mise en œuvre
-
Contrôle plus facile des problèmes hémodynamiques
-
Fiabilité.
2/ L’ANESTHESIE LOCO-REGIONALE
Son intérêt est de paralyser les troncs sympathiques et parasympathiques
de la région génitale mais aussi les nerfs de la peau et des muscles du
périnée tout en gardant la femme consciente (98).
-
Rappel anatomique et principes de l’anesthésie loco-régionale (135,150,151)
Les fibres sensitives de l’utérus accompagnent les voies sympathiques.
Elles traversent les plexus hypogastriques inférieur et supérieur, la chaîne
sympathique lombaire pour pénétrer dans la moelle au niveau de D10-D11-D12, avec
des rameaux accessoires pouvant aller à D9 et L1 (82,98,150). Ainsi, pendant la
première phase du travail, il suffit de bloquer les racines D11 et D12.
Les douleurs de la deuxième période du travail sont liées, en plus, à la
distension de la filière pelvi-génitale et à la compression des muscles du petit
bassin. Les fibres sensitives responsables empreintent le nerf honteux interne
et pénètrent dans la moelle au niveau des racines S2, S3, S4 (82,150).
Quand la tête fœtale est engagée, il faut réaliser une analgésie étendue de
D9-D10 en haut à S4 en bas (82). En cas de césarienne, l’acte chirurgical
nécessite en plus de l’analgésie obstétricale, un blocage de la sensibilité
proprioceptive. Les niveaux à atteindre sont alors D6-D7 en haut et S5 en bas
(125).
-
L’anesthésie péridurale
Elle a été décrite pour la première fois en 1884. Son application par
voie caudale est l’œuvre de Sockel en 1909 (41). Actuellement, la voie
caudale est pratiquement abandonnée au profit de la voie lombaire (43).
b1) Principe
L’anesthésie péridurale lombaire est obtenue par blocage des racines
nerveuses à leur émergence du sac dure-mérien (2). Au cours de l’intervention
césarienne, le relâchement musculaire doit être moyen alors que l’analgésie doit
être suffisante pour pratiquer un acte chirurgical (135). Un niveau d’anesthésie
remontant jusqu’à D4-D6 est nécessaire pour l’intervention (2).
b2) Technique (66,70,135)
-
Malade mise en confiance
-
Abord veineux assurant un remplissage vasculaire par 500ml à 1l d’une
solution macromoléculaire pour prévenir l’hypotension artérielle.
-
Parturiente mise en position assise ou en décubitus latéral gauche, le dos
arrondi.
-
L’opérateur doit pratiquer le geste de façon stérile (calot, bavette, lavage
chirurgical des mains, gants stériles).
-
Badigeonnage chirurgical de la région lombaire.
-
L’espace péridural de ponction (de L2 à L5) est repéré par la ligne
bi-iliaque.
-
La ponction est réalisée avec l’aiguille de Tuorhy au niveau de l’espace
L2-L3 ou L3-L4.
-
L’espace péridural est identifié par la technique du mandrin liquide ou du
mandrin gazeux (42): avec l’aiguille de Tuorhy, on franchit le plan cutané puis
le ligament sus épineux, l’aiguille est ainsi fixée dans le ligament
inter-épineux ; on adapte alors une seringue de 10ml contenants quelques
millilitres d’air ou de sérum physiologique, et on procède à l’identification de
l’espace péridural par la " technique de perte de résistance " (Figure IX).
-
Passage d’un cathéter à travers l’aiguille dans l’espace péridural sur une
longueur de 2 à 3cm sans dépasser les 3cm pour diminuer le risque de
latéralisation du produit.
-
On fait un test d’aspiration à la recherche de sang ou de LCR puis on injecte
une dose test de 2ml d’anesthésique local dans le cathéter, ceci permet de
reconnaître une injection sous-arachnoïdienne éventuelle (: rachianesthésie).
-
La dose nécessaire d’anesthésique local est injectée 3 minutes au moins après
la dose test.
b3) Produits anesthésiques (2)
-
La bupivacaîne (marcaïne*) : C’est le produit le plus utilisé dans
l’anesthésie loco-régional. Elle procure une analgésie de bonne qualité avec un
bloc moteur minime. Sa durée d’action est longue. Elle possède une toxicité
cardiaque surtout lors des injections intravasculaires accidentelles. Elle
n’entraîne pas une diminution du score d’apgar chez le nouveau-né.
-
L’étidocaîne : Le bloc moteur est très important avec une analgésie de moins
bonne qualité. La duré d’action est longue. Il n’existe pas d’effet sur le
nouveau-né.
L’analgésie de ces produits anesthésiques locaux peut être renforcée par
l’adjonction de fentanyl.
b4) Incidents et accidents (2)
-
L’hypotension artérielle : Elle est progressive, par blocage sympathique,
aggravée par la compression aorto-cave. En l’absence de traitement rapide et
efficace, elle entraîne une diminution du débit sanguin placentaire avec pour
conséquence une souffrance fœtale aigûe.
-
Les convulsions et les dépressions cardio-vasculaires : Elles surviennent
lors des injections massives accidentelles d’anesthésiques locaux.
-
Une rachianesthésie : Elle peut survenir lors d’une ponction intra-durale
méconnue et provoquer un collapsus cardio-vasculaire, une apnée et une perte de
connaissance.
b5) Indications
Elle est réservée surtout pour les césariennes programmées.
b6) Contre indications
-
Refus de la patiente.
-
Troubles de la coagulation.
-
Infection cutanée.
-
Etat fébrile.
-
Maladie neurologique évolutive.
-
Anomalie de la colonne vertébrale.
b7) Avantages
-
Elle diminue le risque d’inhalation bronchique.
-
Elle n’a que peu d’effet sur le nouveau-né.
-
Elle permet la conservation de l’état de conscience de la mère.
c- La rachianesthésie (42,66,70,78,122,123,150)
c1) Principe
C’est l’anesthésie rachidienne par injection directe de l’anesthésique
local dans le cul de sac dural réalisant une section pharmacologique de la
moelle, ce qui entraîne une paralysie totale de tout le système nerveux sous
jascent : sympathique, sensitif et moteur (Figure X).
c2) Technique
-
Malade mise en confiance.
-
Abord veineux assurant un remplissage vasculaire par 500ml à 1l de soluté
macromoléculaire pour prévenir l’hypotension artérielle.
-
Parturiente mise en décubitus latéral gauche ou plus rarement en position
assise.
-
Asepsie rigoureuse.
-
La ponction est réalisée dans un espace interépineux situé au-dessous de L2
pour éviter une blessure de la moelle épinière.
-
L’aiguille de ponction doit être finie (22 à 25 gauges), un introducteur type
Pitkin permet de faciliter son passage à travers la dure-mère.
-
Avant d’injecter le produit anesthésique, on doit s’assurer de l’écoulement
du LCR.
c3) Produits anesthésiques
On utilise le plus souvent la bupivacaîne à 0,5 %. La posologie utilisée
étant faible, il n’y a pas de risque de réaction toxique maternelle ni de
passage placentaire.
c4) Incidents et accidents
-
L’hypotension artérielle : Contrairement à celle de l’anesthésie péridurale,
elle est brutale et profonde. Elle peut entraîner des changements hémodynamiques
sévères chez la mère. Il existe ainsi une diminution importante du débit sanguin
placentaire avec souffrance fœtale aiguë. Elle est difficile à traiter.
-
L’extension en hauteur de la rachianesthésie : Favorisée par la position de
Trendelemburg, elle peut ainsi entraîner une dépression respiratoire.
-
Les céphalées : Elles sont gênantes et parfois invalidantes.
c5) Les indications
-
Elle est réservée aux césariennes programmées.
-
Les avis sont partagés quant à la place de cette technique dans les
césariennes en urgence.
c6) Les contre indications
Elles sont les mêmes que pour l’anesthésie péridurale.
En conclusion Quelle que soit la technique anesthésique envisagée, une
consultation préalable est toujours obligatoire.

Imprimer la page

Edité par Aldo Campana,
|