II/ RAPPEL ANATOMIQUE
(P. KAMINA-UTERUS GRAVIDE)

A/ CARACTERES MORPHOLOGIQUES DE L’UTERUS GRAVIDE 

L’utérus gravide est un utérus contenant le conceptus. A terme, il est constitué de trois segments étagés, différents morphologiquement et fonctionnellement : le corps, le segment inférieur et le col (figure I). Du point de vue fonctionnel, l’utérus gravide peut être assimilé à un ensemble de muscles arciformes dont :

    • les ventres constitueraient le corps ;
    • les tendons, le segment inférieur ;
    • et les insertions, le col.
Comme tout tendon, le segment inférieur transmet et module les contractions du corps vers le col. 

1/ LE CORPS UTERIN 

Organe de la gestation, la corps utérin présente des modifications importantes. Sa richesse musculaire fait de lui l’organe moteur dont la force intervient pour faire progresser le mobile fœtal au cours de l’accouchement.

    1. Situation du fundus utérin
  • En début de grossesse, il est pelvien
  • A la fin du 2ème mois, il déborde le bord supérieur du pubis
  • A la fin du 3ème mois, il est à environ 8cm, soit 3 travers de doigt au-dessus du pubis, il devient nettement papable.
  • A partir de ce stade, il s’éloigne chaque mois du pubis d’environ 4cm :
    • à 4 mois ½, il répond à l’ombilic
    • et à terme, il est à 32cm du pubis.
    1. Les dimensions sont en moyenne
  • Pour la longueur : - à la fin du 3ème mois : de 10 à 13cm
    • à la fin du 6ème mois : de 17 à 18cm
    • et à terme : de 31cm
  • Pour la largeur : - à la fin du 3ème mois : de 8 à 10cm
- à la fin du 6ème mois : de 18cm

- et à terme : de 23cm

    1. Forme
  • Au cours du 1er mois, l’utérus peut avoirs un développement asymétrique.
  • Mais au 2ème mois, il est sphérique, semblable à une " orange ".
  • Au 3ème mois, à un " pamplemousse ".
  • Après le 5ème mois, il devient cylindrique, puis ovoïde à grosse extrémité supérieure.
En fait, la forme n’est pas toujours régulière surtout en fin de grossesse, où elle dépend de la présentation et de la parité qui diminue la tonicité de la paroi utérine. Il est asymétrique ou étalé transversalement dans certaines malformation (utérus cordiforme).
    1. Direction
  • Au début de la grossesse, l’utérus habituellement antéversé, peut tomber en rétroversion.
  • Mais quelle que soit sa direction, il se redresse spontanément dans le courant du 2ème ou 3ème mois .
  • A terme :
    • Sa direction sagittale dépend de l’état de tonicité de la paroi abdominale.
    •  Dans le plan frontal, l’utérus, légèrement incliné vers la droite, présente un     mouvement de torsion vers la droite. Cette dextrorotation varie en fonction du degré d’engagement de la présentation et de tonicité de la paroi. Son importance peut entraîner une dysaxie.
    1. Epaisseur de la paroi
  • Au début de la grossesse, la paroi utérine s’hypertrophie et son épaisseur vers le 4ème mois est de 3cm.
  • Puis, elle s’amincit progressivement en raison de l’arrêt de l’augmentation de la masse musculaire, alors que la cavité utérine s’accroît.
  • Au voisinage du terme, son épaisseur est d’environ 10mm sur les faces latérales et de 4mm au niveau du fundus.
    1. Consistance
    2. Elle est élastique et souple. Parfois, sa mollesse rend difficile la délimitation du fundus par le palper. Au cours du palper, il arrive qu’elle devienne dure sous l’influence d’une contraction.
       

    3. Poids
    4. L’utérus pèse environ : - à 2 mois ½ : 200g

      - à 5 mois : 700g

      - à 7 mois ½ : 950g

      - et à terme 800 à 1200g.

       

    5. Capacité
A terme, elle est de 4 à 5l.
 
2/ LE SEGMENT INFERIEUR  Le segment inférieur est la partie basse, amincie, de l’utérus gravide à terme, situé entre le corps et le col utérin (Figure II). C’est une entité anatomique et physiologique créée par la grossesse ; il disparaît avec elle. Sa minceur, sa faible vascularisation, en font une région de choix pour l’hystérotomie des césariennes, mais aussi pour les ruptures utérines. Par ailleurs, il correspond à la zone d’insertion du placenta prévia. a) Forme C’est une calotte sphérique dont la convexité donne insertion au col. La paroi antérieure est plus longue et plus bombée.
  b) Limites
  • La limite inférieure : correspond, avant le travail, à l’orifice interne du col
  • La limite supérieure : moins nette, correspond au changement d’épaisseur de la paroi utérine et siège à environ 2cm au-dessous de la zone d’adhérence intime du péritoine. Elle est parfois marquée par l’existence d’une grosse veine transversale, la veine coronaire de l’utérus.
    1. Dimensions
    2. A terme, le segment inférieur mesure environ :

        - 7 à 10 cm de hauteur

        - 9 à 12cm de largeur

        - et 3cm d’épaisseur.

      Les dimensions varient selon la présentation et le degré d’engagement. Sa minceur permet parfois de sentir le fœtus.
       
    3. Formation
Le segment inférieur se constitue au dépend de l’isthme utérin et de la partie supra-vaginale du col, comme le confirme la présence, au niveau du col, de cicatrices de césariennes segmentaires. Son début est variable et sa formation est progressive. Il acquiert une définition nette vers le 6e mois chez la primipare. Chez la multipare, son développement est plus tardif. 3/ LE COL UTERIN  Organe de la parturition, le col utérin se modifie essentiellement pendant le travail .
    1. Situation – Direction
    2. A partir du 3ème mois, le col se porte progressivement en haut et en arrière. Il est parfois difficilement accessible au toucher vaginal.

       

    3. Aspect – Dimensions
  • Pendant la grossesse, ses dimensions sont stables.  Il est rose violacé avec, dans l’endocol, un bouchon muqueux dense.
  • Pendant le travail, sous l’effet des contractions utérines, il va successivement s’effacer puis se dilater :
    • par le phénomène d’effacement, l’orifice interne perd de sa tonicité et le canal cervical, s’évasant progressivement, s’incorpore à la cavité utérine.
    • la dilatation se caractérise par l’ouverture de l’orifice externe " comme le diaphragme d’un appareil photographique ".
Si la succession des deux phénomènes est de règle chez la primipare, il n’en est pas de même chez la multipare, dont l’effacement et la dilatation du col évoluent souvent de pair.
    1. Consistance
    2. Le col se ramollit au bout de quelques semaines de grossesse. Il devient mou comme la lèvre (Tarnier). Au cours des dernières semaines de grossesses le col devient très mou sur toute sa hauteur : on dit qu’il " mûrit ".
       

    3. Etat des orifices du col utérin
  • L’orifice externe :
    • chez la primipare, reste, en général, fermé jusqu’au début du travail.
    • chez la multipare, au contraire, il reste souvent perméable
(c’est le col déhiscent de la multipare).
  • L’orifice interne : reste fermé jusqu’au début du travail.
B/ RAPPORTS ANATOMIQUES DE L’UTERUS GRAVIDE 1/ LES RAPPORTS ANATOMIQUES DU CORPS UTERIN  L’utérus à terme est en rapport avec :
    1. En avant
  • La paroi abdominale antérieure : qui s’amincit et la ligne blanche s’élargit particulièrement dans la région ombilicale.  La minceur de cette région doit inciter le chirurgien à la prudence lorsqu’il incise la paroi abdominale.
  • parfois, le grand omentum
  • et plus rarement, des anses grêles s’interposent (Figure III).
    1. En arrière
  • La colonne rachidienne flanquée de la veine cave inférieure et de l’aorte abdominale. Le contact de l’utérus avec le rachis se fait jusqu’à la hauteur de la 3ème vertèbre lombaire et répond à la partie inférieure du duodéno-pancréas et à quelques anses intestinales. En décubitus dorsal:
 - la compression de l’aorte ou de l’artère commune droite par l’utérus gravide se traduit par la diminution du poul fémoral entre les contractions : effet dit Poseiro.
- la compression de la veine cave inférieure par l’utérus relâché provoque parfois un syndrome hypotensif grave : le choc postural ou syndrome de compression cave inférieure.
  • Les muscles grand psoas, croisés par les uretères.
    1. En haut
    2. Le grand omentum et le colon transverse qui refoule plus ou moins :

      * en arrière : l’estomac ;

      * à droite : le bord inférieur du foie et la vésicule biliaire ;

      * plus bas, sur les bords latéraux se trouvent reportés les trompes utérines, les ligaments ronds et propres de l’ovaire.

       

    3. A droite
  • Le colon ascendant, le caecum et l’appendice vermiforme. Lorsque le caecum est libre, il ascensionne avec l’appendice au-dessus de la crête iliaque. Dans 88 % des cas, l’appendice est au-dessus de la crête iliaque après 7 mois de grossesse. La palpation du caecum-appendice nécessite, chez la femme enceinte à terme, un DLG qui permet à l’utérus gravide de basculer et de libérer le caecum appendice.
  • Les annexes droites, placées dans un plan postérieur, sont cachées par l’utérus.
    1. A gauche
  • Les anses grêles et le colon sigmoïde qui recouvrent l’annexe gauche. Il n’est pas rare, en fin de grossesse, que les anses grêles et le colon sigmoïde tendent à déborder en avant.
  • Le ligament rond gauche est visible dans la totalité de son trajet.  (Figure III)
2/ LES RAPPORTS ANATOMIQUES DU SEGMENT INFERIEUR
      1. La face antérieure
  • La vessie est le rapport essentiel (figure IV). Elle ascensionne généralement en fin de gestation, lorsque la présentation est engagée et devient suprapubienne. Suivant son degré de répletion, elle masque plus ou moins le segment inférieur.  Les adhérences vésicales après césarienne favorisent l’ascension plus ou moins haut de la vessie. D’où la prudence à l’incision de la paroi abdominale, lorsque la présentation est fixée au détroit supérieur et lorsqu’il existe un utérus cicatriciel.
  • La partie supérieure de la face antérieure du segment inférieur est recouverte par le péritoine vésical peu adhérent (en raison de l’imbibition gravidique du tissus cellulaire sous péritonéal). Elle répond à la vessie dont elle est séparée par le cul de sac vésico-utérin (et sa profondeur dépend de la situation abdominale ou pelvienne de la vessie).
  • La partie inférieure de la face antérieure du segment inférieur répond au septum vésico-utérin (qui la sépare de la base vésicale). Ce septum constitue un plan de clivage exsangue.
      1. Face postérieure
      2. Recouverte du péritoine, elle répond, par l’intermédiaire du cul de sac recto-utérin devenu plus profond, au rectum.
         

      3. Les faces latérales
Elles sont en rapport avec les paramètres contenant les vaisseaux utérins et l’uretère pelvien (Figure V). L’uretère est appliqué sur les faces latérales du segment inférieur immédiatement au-dessus du fornix vaginal. La direction des uretères est déterminée à terme par une ligne allant de la bifurcation iliaque à l’épine du pubis. Par ailleurs, du fait de la dextrorotation de l’utérus, l’uretère gauche chemine pendant un court trajet sur la face antéro-larérale gauche du segment inférieur. C’est à ce niveau qu’il a pu parfois être blessé au cours de césariennes segmentaires transversales. En fait, le décollement segmento-vésical et le refoulement de la vessie entraînent en bas l’uretère qui se trouve ainsi éloigné de l’incision segmentaire. 

C/ VASCULARISATION DE L’UTERUS GRAVIDE

1/ LES ARTERES 
      1. l’artère utérine
  • Au niveau de l’utérus gravide, l’artère utérine s’étire, déroule ses spires et augmente sa longueur qui triple ou même quadruple, alors que son calibre augmente très peu et ne double jamais. Du point de vue histologique, les modifications essentielles consistent dans l’accroissement considérable de la tunique externe (Rouvière). C’est après la délivrance que la rétraction de l’artère utérine entraîne une augmentation de son diamètre. Elle est représentée sur la figure VI.
    • Les branches externes : conservent leur disposition hélicine même dans l’utérus à terme. Elles forment de nombreuses anastomoses surtout en regard de l’aire placentaire (Figure VII).
        1. L’artère ovarienne
        2. L’augmentation de calibre de l’artère ovarienne croit de son origine à sa terminaison pour atteindre dans la région infra-annexielle un calibre égal à celui de l’artère utérine et s’anastomoser à plein canal. Elle double et même triple de diamètre pendant la grossesse.

           

        3. L’artère funiculaire
    Elle est, pour l’utérus gravide, d’une importance fonctionnelle négligeable. 

    2/ LES VEINES UTERINES

    Elles subissent une augmentation de nombre et de volume plus considérable que celle des artères. Il n’y a pas, dans le corps utérin gravide, de zone de vascularisation veineuse minima. Dans la paroi du segment inférieur et dans celle du col, cheminent de nombreuses veines de calibre inférieur à celles du corps (Figure VIII).

    3/ LES LYMPHATIQUES Ils s’hypertrophient également au cours de la grossesse.

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    Edité par Aldo Campana,