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Hystérosalpingographie Blaise Bourrit
1) Définition et but L’hystérographie, plus justement nommée hystérosalpingographie, (hystéro= utérus, salpingo= trompes, graphie= examen radiologique), consiste en la mise en évidence de la cavité utérine et des lumières tubaires grâce à l’injection d’un produit de contraste par voie cervicale. Son intérêt premier est d’affirmer (ou d’infirmer) le passage dans la cavité péritonéale du liquide de contraste, donc la perméabilité tubaire. L’examen permet aussi la découverte d’altérations ou de déformations de la cavité utérine, et, de manière moins spécifique, d’altérations de la muqueuse tubaire. 2) Indications Cet examen reste l’examen radiologique de base dans le bilan d’une infertilité
primaire ou secondaire, dont l’origine tubaire est d’ailleurs relativement
fréquente (20 à 40%). 3) Précautions, contre-indications, timing L’HSG est réalisée impérativement après la fin de la période menstruelle
et avant la période pré-ovulatoire fertile. Dans certains cycles courts
avec spotting post-menstruel, il peut être difficile de fixer le rendez-vous
optimum. 4) Techniques Il est possible de réaliser une hystérographie grâce à une sonde urinaire
à double flux (ou cathéter de Foley). Après introduction trans-cervicale
du cathéter jusqu’au segment inférieur de la cavité utérine (extrémité de
la sonde au-delà de l’orifice interne), le ballonnet est gonflé. Une légère
traction sur le cathéter permet ensuite au ballonnet de s’appuyer sur l’orifice
interne et d’assurer ainsi l’étanchéité au moment de l’injection. Cette
étanchéité est indispensable pour assurer le diagnostic. Une fuite rétrograde
ferait baisser la pression d’injection et, dans une telle situation, une
conclusion d’obturation n’aurait aucune validité. Pour revenir à la méthode
avec cathéter, il faut relever ses inconvénients : la dilatation du segment
inférieur par le ballonnet est douloureuse et risque d’entraîner des spasmes
cornuaux faussant le diagnostic. D’autre part, la moitié inférieure de l’utérus
est cachée par le ballonnet. Pour éviter cette limitation, un cliché est
tiré (avec une certaine précipitation) au moment de dégonflement et du retrait
du ballonnet, en fin d’examen, mais avant que le liquide de contraste n’ait
complètement reflué dans le vagin. 5) Clichés essentiels Au cours de la progression du liquide de contraste, suivie par la scopie, il convient de tirer un minimum de clichés pour limiter au maximum l’irradiation. On conseille donc d’obtenir des images aux temps suivants :
6) Diagnostics possibles L’obstruction tubaire Dans les pays occidentaux, environ un couple sur six est hypofertile. Parmi eux, un sur quatre l’est en raison d’une obstruction des trompes de Fallope. On distingue les obturations interstitielles (ou transmurales), isthmiques (ou des portions proximales des trompes), et distales (par agglutination des franges pavillonnaires). Plus rarement, l’atteinte tubaire peut être bifocale (c’est le cas dans les infections chroniques). Dans ces situations, le pronostic en terme de fertilité est réservé. Obturation proximale Le bouchon muqueux : Il s’agit de l’accumulation de sécrétions d’origine
tubaire dans l’ostium. La pression du liquide de contraste pendant l’HSG
parvient souvent à expulser ces sécrétions épaissies dans le péritoine et
permet ainsi des grossesses « miracles » dans le mois qui suit l’examen
! Obturation isthmique et ampullaire L’endométriose tubaire (ou endosalpingiose) : Son siège est interstitiel
ou isthmique, souvent bilatéral. Elle aboutit à des irrégularités du diamètre
tubaire, une rigidité tubaire avec des diverticules. Le diagnostic est confirmé
par résonance magnétique nucléaire. Obturation distale Les séquelles d’une infection annexielle ou d’un abcès tubo-ovarien conduisent à l’agglutination des franges infundibulaires, à leur coalescence et, en dernier lieu, à l’oblitération complète du pavillon. Le liquide injecté s’ajoute au liquide sécrété par l’hydrosalpynx, ce qui donne, en scopie, un aspect boudiné parfois monstrueux. Les sactosalpynx peu dilatés sont le reflet d’une réaction d’épaississement de la musculaire tubaire, qui n’est pas forcément d’un meilleur pronostic chirurgical qu’un large hydrosalpnx à paroi fine. Quand l’obturation distale est presque complète, le passage intra-péritonéal est retardé et « en jet fin ». Il correspond alors le plus souvent à un phimosis. 7) Irradiation Comme l’examen implique une scopie, il faut faire en sorte que l’irradiation soit minimale. L’évolution des techniques d’imagerie et la numérisation ont permis de diminuer considérablement l’irradiation du petit bassin par rapports aux techniques classiques. On utilise une scopie à haute résolution avec focalisation. Les paramètres techniques sont adaptés à ce but, le nombre d’images par secondes peut être diminué de 24 (cf cinéma) à 8, ce qui permet une vision légèrement saccadée mais suffisante pour suivre la progression du produit de contraste dans les voies génitales, le temps d’exposition est réduit au maximum (pendant la résolution d’un spasme, il n’est pas nécessaire d’avoir une vision permanente, par exemple). On utilise en général un seul agrandissement (le plus significatif). Et surtout, la numérisation permet le traitement ultérieur de l’image 8) Effets secondaires L’examen a mauvaise réputation auprès des patientes. Il est présumé douloureux. Il faut ici affirmer avec force que la douleur, qui est due aux instruments et à la pression d’injection nécessaire, n’est pas systématique, loin s’en faut. L’examen présente, il est vrai, un peu d’inconfort, mais celui-ci est inversement proportionnel à l’expérience de l’opérateur. Il faut se rappeler que la capacité de la cavité utérine est d’environ 3 millilitres et que le diamètre de la lumière d’un isthme tubaire est de 0,4 mm. Il faut donc prendre le temps de laisser le liquide de contraste traverser un passage aussi fin. Vouloir faire passer par force le contenu de la seringue entraîne obligatoirement une contracture très pénible de l’utérus suivie d’un réflexe vagal Il faut encore noter une douleur parfois différée dans le cas d’une obturation distale. Comme le liquide reste prisonnier de l’hydrosalpynx dilaté par la manœuvre de remplissage, une douleur abdominale basse peut subsister pendant plusieurs heures. 9) Complications Il a déjà été mentionné qu’en dépit des précautions prises, une infection
tubaire induite (ou réactivée ?) peut suivre une HSG. La patiente doit être
prévenue de cette complication possible pour qu’elle puisse avertir le médecin
en cas de douleur apparaissant quelques jours après la procédure. La réaction
médicale doit en effet être immédiate sous forme d’une (double ?)antibiothérapie
à large spectre, ce qui évitera des séquelles. 10) Sensibilité et spécificité La plupart des médecins spécialistes en médecine de la reproduction s’accordent à penser que l’hystérosalpingographie et la laparoscopie sont des examens complémentaires. Les faux négatifs sont en général dus à un spasme tubaire consécutif à une injection trop rapide. Pour le diagnostic de la perméabilité tubaire, l'hystérosalpingographie et la laparoscopie avec chromopertubation montraient un accord acceptable (coefficient kappa = 0,58). En ce qui concerne les pathologies péritonéales ou ovariennes, l'hystérosalpingo-graphie ne permet cependant pas un diagnostic aussi fiable (sensibilité 72,9%, spécificité 55,7%).
Edité par Aldo Campana, |