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La pratique de l’excision au Mali - Assa Konte Les mutilations génitales féminines Assa Konte
Infirmière diplômée à la Haute Ecole de Santé de Genève
Parcours personnel De formation sciences biologiques, je suis originaire du Mali
(Bamako) et provenant de Banamba dans le cercle de Koulikoro.
Infirmière diplômée à la Haute Ecole de Santé à Genève en novembre 2007.
Par la suite j’ai effectué une formation de médiatrice culturelle dans
le cadre des mutilations génitales féminines. Je suis actuellement
en stage pour une durée de six mois (1er décembre 2007-31 mai 2008)
auprès de la Fondation Genevoise pour la Formation et Recherche
Médicales (GFMER) en collaboration avec l’Organisation Mondiale de la
Santé (OMS) dans le but d’élargir mes compétences dans la recherche en
lien avec mon thème de mémoire de fins d’études. Le but de la recherche Les MGF sont des pratiques qui touchent l’intégrité corporelle des
jeunes filles ou des femmes. Les fillettes doivent être instruites pour
le développement d’une nation. Les mutilations génitales féminines
(Tiré de : Prolongeau, 2006, 12 décembre) Définitions L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a, en 1998, décrit de manière large les mutilations sexuelles féminines dans une brochure du même nom, portant le sous-titre : « aperçu du problème ». De manière générale, elle a identifié que
Anatomie et physiologie du sexe féminin
(Tiré de : Société des obstétriciens et gynécologues du Canada, 2006,
15 septembre). Il est à noter qu’il existe différents types de mutilations génitales féminines :
Quelques inaperçus sur les raisons invoquées pour la pratique : Elles sont multiples
Complications à court, moyen et long terme de MGF Je vais essayer de développer les principales conséquences des différents types de MG, à court et long terme, en me basant principalement sur l’étude de l’OMS déjà citée (1998). Décès Il est très difficile, voire impossible de chiffrer le nombre de décès dus aux MGF, aucune étude n’ayant été menée sur ce point. De nos jours, vu la lutte qui s’instaure contre les MGF, il est probable que les données seraient compliquées à obtenir, la pratique tendant à être faite de manière cachée ; du moins, nous pouvons le supposer. « La mort peut résulter d’une hémorragie massive (choc hémorragique), de la douleur et du traumatisme subi (choc neurogène) ou d’une infection grave généralisée (septicémie) » (p.26). Hémorragie Le clitoris étant une zone très vascularisée des organes génitaux
externes, la complication la plus fréquente est le saignement abondant,
surtout quand l’incision touche l’artère nourricière dans laquelle la
pression sanguine est élevée (p. 27). Rétention urinaire due à la douleur « La douleur, un œdème et une inflammation autour de la plaie
opératoire peuvent déterminer une infection et, par voie de conséquence,
une rétention d’urine ». Cette dernière peut durer quelques heures à
quelques jours mais elle est généralement réversible. Infection Les infections sont fréquentes et souvent dues à la non stérilisation, ou stérilisation inadéquate, des instruments utilisés. L’infection peut aussi survenir quelques jours post intervention, surtout si la cicatrice de la partie enlevée macère dans l’urine ou les matières fécales. Dans la plupart des excisions, la praticienne recommande de mettre du beurre de karité, substance grasse et nourrissante mais sans qualité antiseptique. De plus, « les instruments mal stérilisés et les matières fécales peuvent véhiculer des spores ou des bactéries responsables du tétanos ou de la gangrène » (p. 28). Formation des chéloïdes « Il existe une prédisposition génétique à la formation de chéloïdes (bourrelets cicatriciels) chez un grand nombre de tribus où l’on pratique les MGF. D’aspect très inesthétique, les chéloïdes vulvaires provoquent une grande détresse psychologique. On peut rarement s’en débarrasser, car leur ablation est en général suivie d’une nouvelle prolifération tissulaire » (p. 29). Kyste dermoïde Complication la plus courante à long terme des MGF, ce kyste « résulte de l’inclusion de tissu cutané dans la cicatrice » (p.28). Les glandes sudoripares normales de la peau vont ainsi continuer de sécréter et le kyste se remplit peu à peu. La grandeur des kystes dermoïdes est très variable, allant de la taille d’un petit pois à celle d’un pamplemousse ou même d’un ballon de football. S’ils ne sont guère dangereux, ces kystes sont très douloureux. Si le kyste est petit, l’attitude thérapeutique est de « voir venir » ; s’il est gros, il faut l’enlever chirurgicalement car il devient vraiment gênant ou peut s’infecter (pp. 28-29). Névrome cicatriciel (tumeur constituée de tissu nerveux) Suite à la fermeture totale de la plaie, le nerf clitoridien, qui a pu être enfermé dans un point de suture ou dans du tissu cicatriciel, provoque la formation d’un névrome. La vulve peut alors, par conséquent, être très sensible au contact (rapports sexuels, toilette, par exemple) (p.29). Risque de VIH/Sida Personne ne sait exactement ce que les exciseuses font avec leurs instruments. Nous pouvons émettre l’hypothèse qu’au cas où les instruments sont utilisés pour plusieurs personnes, le risque de contamination des virus VIH/SIDA et de l’hépatite B est augmenté (p.30). Complications à long terme en cas de type III Infections de l’appareil reproducteur Les infections partant de la vulve, en cas d’accumulations de sécrétions ou de sang, peuvent se propager et remonter à un niveau supérieur de l’appareil reproducteur. Ce type d’infection est trois fois plus élevé chez les femmes infibulées que chez les femmes qui ont subi une clitoridectomie. Les causes de ces infections génitales hautes sont plurielles : infection post opératoire, obstacle à l’évacuation normale des urines, sécrétions vaginales, infection de la plaie post accouchement. Douloureuses, ces infections peuvent aussi entraîner la stérilité par formation de tissu cicatriciel au niveau des trompes de Fallope (cf. schéma de l’anatomie de la femme, au point 1 de ce chapitre). Obstruction chronique des voies urinaires En cas d’infibulation avec suture des lèvres, la miction se fait très difficilement, en petites quantités à la fois, voire en miction « goutte à goutte ». Cela peut être la source d’infections urinaires à répétition ainsi que la formation de calculs vésicaux (p. 31). Incontinence urinaire « Les fuites urinaires sont très fréquentes chez les femmes infibulées, la vidange vésicale est incomplète et une infection chronique sous le capuchon de tissu cicatriciel peut rendre difficile le contrôle du sphincter » (p.31). Selon un reportage du Groupe pour l’Abolition des Mutilations Sexuelles (GAMS) sur le Mali, une jeune fille explique son vécu : « J’avais cinq ans lorsqu’on m’a excisée. Au cours de l’intervention, mon urètre a été endommagé et par la suite je suis devenue incontinente. J’ai dû arrêter l’école à cause des moqueries de mes camarades de classe qui ne supportaient plus mon odeur. J’avoue que je sentais l’urine partout sur mon corps » (Source : Reportage suivi au GAMS non diffusé à la télévision : pour une loi interdisant les MGF au Mali 2007, 9 avril). VIH/SIDA, hépatite B et autres maladies hématogènes Les incisions et sutures à répétition après les accouchements, les plaies micro ou macroscopiques dues aux rapports sexuels et le recours aux pénétrations anales, lorsque la pénétration vaginale est rendue difficile ou impossible par l’infibulation, tendent à faire augmenter le risque de transmission de l’infection à VIH, de l’hépatite B et de maladies hématogènes. Aucune recherche n’a encore confirmé ces faits (p. 31). Sténose de l’orifice vaginal Chez la femme infibulée, l’orifice vaginal peut être si petit qu’il finit presque par se refermer, au bout d’un certain temps. Cela peut évidemment provoquer une évacuation imparfaite des urines, voire aussi une rétention du sang menstruel (hématocolpos). Dans ce genre de situations, les rapports sexuels sont impossibles. (p.31) Lésions des organes voisins Chez une femme infibulée, le risque d’avoir des lésions est assez grand lors des rapports sexuels forcés ou par désinfibulation brutale (rapports sexuels ou accouchement). Selon un reportage de la chaîne de télévision ARTE, en février 2007, un Soudanais a expliqué avoir pris un couteau pour déchirer la cicatrice de sa femme, n’ayant pas eu une pénétration aisée. Complications lors du travail et de l’accouchement « Lors d’un accouchement, la femme doit être désinfibulée pour
permettre à la tête du nouveau-né de sortir du vagin. Cela augmente le
risque d’hémorragie et d’infection de la plaie » (pp. 31-32). Si aucune
personne expérimentée n’est présente pour effectuer la désinfibulation,
le travail peut être prolongé, avec des risques de complications
modérées à graves pour la mère et pour l’enfant. Aucune étude à ce jour
ne peut nous renseigner sur les conséquences périnatales liées à
l’infibulation. Néanmoins, différents cas ont été rapportés : ouverture
de la cicatrice vulvaire, déchirures du périnée, souffrance du fœtus,
création de fistules entre la vessie et le vagin ou entre la vessie et
le rectum, lacérations graves des muscles anaux, traumatisme de
l’appareil urinaire (l’urètre peut même être arraché de la vessie). En résumé, « la pratique de l’excision entraîne de graves
complications pour les femmes lors de l’accouchement et un taux de
mortalité plus élevé pour les nouveaux-nés. Risques de césarienne et
d’épisiotomie (incision volontaire faite lors de l’accouchement pour
prévenir une déchirure du périnée) pendant l’accouchement, fortes
hémorragies et hospitalisations prolongés après la naissance, figurent
parmi les principales complications pour les femmes qui ont subi des
mutilations génitales, indique un communiqué de l’OMS à Genève. […] Le
risque de césarienne est de 30% supérieur à celles qui n’ont subi aucune
mutilation. De même, le risque d’hémorragie après la naissance est 70%
fois plus élevé » (Genre action, 2007, 28 septembre). Effet des MGF sur la sexualité de la femme Encore peu d’études ont été effectuées pour évaluer les répercussions des MGF sur la sexualité féminine adulte. En résumé, nous pouvons identifier les points essentiels suivants :
« Il ressort de toutes ces observations que les mutilations
sexuelles, quelles qu’elles soient, ont une certaine incidence sur la
réponse sexuelle de la femme sans toutefois exclure forcément le plaisir
sexuel, voire même un orgasme. ». (pp. 36-37) D’une part, certains
tissus sensibles de la région du clitoris, région richement innervée,
rappelons-le, peuvent être épargnés lors de la mutilation et, d’autre
part, la sensibilité générale des zones érogènes autres que les organes
génitaux proprement dits augmenterait suite à la mutilation,
particulièrement chez les femmes ayant un partenaire attentionné. Effet des MGF sur la sexualité de l’homme Il est certainement utile et intéressant d’avoir des informations sur
la sexualité des hommes ayant des partenaires sexuelles mutilées, dans
le cadre de ce mémoire puisqu’un des intérêts se porte sur la vie du
couple. Presentations
Edité par Aldo Campana, |